background image
recommandations et qui m'a permis, en collaboration avec des collègues,
de définir le rôle des différents lipides (LDL, HDL, VLDL). J'ai également
contribué, avec plusieurs autres experts belges, à fonder le Belgian Lipid
Club, dont j'ai assuré la présidence pendant de nombreuses années.
Biologie clinique
Au cours de votre longue carrière en laboratoire, vous avez
certainement aussi assisté à nombre d'évolutions?
Pr Blaton:
Lorsque j'ai commencé à travailler à l'hôpital brugeois encore
flambant neuf, en 1977, la chimie clinique était encore principalement
une activité d'analyse qualitative et, souvent, semi-quantitative. Nombre
de paramètres n'avaient pas encore de vraies unités: le résultat était
plutôt formulé au moyen de signes «plus» ou «moins».
Il n'a toutefois pas fallu très longtemps avant l'apparition des premières
vraies unités (et systèmes) de mesure quantitatives et des premières
tentatives de surveillance de la qualité ­ souvent encore à l'échelon
d'établissements individuels, qui utilisaient un pool de sérum pour
contrôler ce paramètre de jour en jour. Autant dire que les données
pouvaient parfois différer sensiblement entre laboratoires... sans
compter que de nombreux réactifs étaient fabriqués sur place, ce qui ne
contribuait pas non plus à la reproductibilité des résultats!
Standardisation
Comment en sommes-nous arrivés à un contrôle de qualité
externe?
Pr Blaton:
J'ai encore eu la chance de participer à l'une des premières
initiatives en matière de standardisation (qui était évidemment un
préalable indispensable): la NASA était à la recherche d'une méthode
d'analyse clinique qui pourrait également être utilisée dans l'espace. Après
moult palabres, un test a été réalisé avec un système d'électrophorèse
(Beckman), qui semblait en effet fonctionner dans l'espace, en dépit de
quelques problèmes avec le sérum qui y avait été envoyé avec lui. Cette
expérience a néanmoins prouvé que la standardisation (y compris au
niveau de la technique utilisée) est un facteur capital dans l'obtention de
résultats comparables, et ce où que soit effectuée l'analyse.
Les unités ont été un autre grand obstacle à franchir, qui a d'ailleurs
encore des répercussions de nos jours. Elles ont suscité bien des débats,
en particulier pour la mesure des enzymes, où la température joue un rôle
tellement important.
Engagement
La standardisation, les unités... tout cela a des allures de
concertation internationale, non?
Pr Blaton:
L'importance de la collaboration dans le domaine de la
chimie clinique a toujours été pour moi une évidence. Cela vous étonnera
peut-être, mais même à l'époque, les chercheurs avaient déjà des
contacts extrêmement intensifs. Et les moyens de communication ne
manquaient pas, même s'ils étaient plus lents, puisqu'une lettre ou un
fax met évidemment plus de temps à arriver qu'un e-mail.
En 1988, j'étais président de la Société Belge de Chimie Clinique et je
suivais évidemment de près les développements internationaux. Ceux-
ci étaient surtout perceptibles lors des fameuses «Journées de Pont-
à-Mousson», où des personnalités comme les Prs Siest et de Gruyter
s'efforçaient de porter la chimie clinique européenne à un niveau
supérieur.
En 1991, j'ai ensuite contribué au nom de la société belge à la création
de la Federation of the European Societies of Clinical Chemistry (FESCC),
qui était liée au groupe EC4 (European Communities Confederation
of Clinical Chemistry) et s'occupait surtout de standardisation. J'ai
également participé dans ce cadre à l'élaboration de la norme ISO-15189
pour la biologie clinique. Celle-ci n'est toutefois qu'une clé de voûte qui a
nécessité d'abord un important travail préalable sur des projets partiels.
Les deux organisations étaient presque prédestinées à fusionner un
jour, et c'est ce qui s'est finalement produit en 2007 avec la création
de l'European Federation of Clinical Chemistry
(EFCC) dans le giron de
l'IFCC. J'ai été le premier président de cette organisation aujourd'hui
rebaptisée EFLM ou European Federation of Laboratory Medicine, qui
compte actuellement 38 états-membres actifs. Durant mes années de
présidence, je me suis également efforcé de convaincre plusieurs pays
d'Europe de l'Est de s'y affilier.
Conclusion
Une interview ne fera jamais justice à la carrière d'une personnalité
comme Vic Blaton, et le temps nous manque pour aborder une foule
d'autres facettes de ses activités ­ en particulier son implication dans
le fonds brugeois pour la coopération et le développement (Brugs
Fonds voor Ontwikkeling en Samenwerking), une association active
dans la recherche et dans la coopération au développement dont il
assure encore aujourd'hui la présidence. Mais il ne fait en tout cas
aucun doute que la distinction qui lui a été accordée il y a quelques
mois est amplement méritée!
Le Roche Award for Laboratory Medicine a été créé
dans le but de récompenser des scientifiques de
renom, qui se sont particulièrement distingués par
leurs contributions uniques dans la promotion et le
développement de la chimie
clinique et la médecine de
laboratoire en Europe.
HEC216F.indd 2
31/10/13 14:24