background image
26
[ H e a l t h c a r e E x e c u t i v e · N ° 7 3 · 2 0 1 3 ]
Pharma-
ceuticals
Dans une introduction brillante,
Raf Mer-
tens, le directeur général du KCE, a rappelé
la mission d'évaluation et d'éclairage
confiée aux experts scientifiques du centre
d'expertise, dans le but premier de favoriser
une médecine de qualité et efficiente. De
nombreux rapports ont été rédigés, tantôt
pour évaluer et comparer les différents trai-
tements et modes de prise en charge de
pathologies spécifiques, tantôt pour évaluer
et proposer de nouvelles modalités de ges-
tion du système belge de soins de santé. Le
champ d'études couvre ainsi tout le spectre
des soins de santé, allant de la détermina-
tion du meilleur type de prise en charge, par
exemple, du cancer du sein jusqu'à l'audit
de performance du système de soins de
santé comme tel. Chemin faisant, l'exten-
sion du domaine des études et l'influence
potentielle de ces dernières sur l'évolution
des prises en charge et, plus largement, sur
les politiques de santé publique ont suscité
des questions de plus en plus pressantes,
par exemple sur le choix et la diversification
des options méthodologiques ou encore sur
la participation d'autres parties prenantes,
comme les patients ou les citoyens. A l'aube
d'une nouvelle décennie, une réflexion sur
les enjeux politiques et les attentes socié-
tales s'imposait. Ses contours ont été dessi-
nés par les experts, politologues, sociolo-
gues et philosophes conviés.
Dimensions politiques
Le premier intervenant,
Patrick Castel
(Science Po, Paris), a rappelé dans son ex-
posé «The political dimensions of Evidence-
Based Medicine», que l'EBM a été dévelop-
pée comme instrument rationnel d'aide à la
décision médicale, dans le but conjoint de
définir des standards de prise en charge à
partir de la somme considérable de don-
nées scientifiquement validées et d'éviter
que la décision médicale ne soit fondée que
sur la seule expérience ou intuition des pro-
fessionnels de santé. Dès l'origine, la mé-
decine factuelle veut donc rencontrer un
double objectif. Le premier, scientifique et
rationnel, consiste à étayer le diagnostic et
la décision médicale par des données
scientifiquement probantes, organisées se-
lon différents niveaux de preuves (essais
cliniques randomisés, méta-analyses, gui-
delines de pratiques cliniques, etc.), ce qui
rend la masse de données plus aisément
maîtrisable. Le second, sociétal et politique,
vise dès le début du 20
e
siècle à «protéger
le public du marketing de l'industrie» par
l'usage de méthodes statistiques et à pas-
Evidence-Based Medicine
L'EBM versus les
attentes sociétales
Avec près de 400 inscrits, issus de tous les domaines du secteur de la santé (autorités
réglementaires, universités, associations professionnelles, industrie pharmaceutique),
le symposium organisé par le KCE à l'occasion de ses 10 ans d'existence a remporté
un franc succès.
Le choix du thème de cet événement, intitulé «Bridging the gap ­ Evidence-Based
Medicine (EBM) versus societal expectations», explique pour beaucoup la présence
d'un public nombreux. En effet, les différents orateurs avaient pour mission d'aborder
de front des problématiques souvent tues lorsqu'il s'agit de la médecine factuelle
ou des évaluations des technologies de santé (Health Technology Assessment). Ces
problématiques peuvent être ressaisies sous forme de questions: Quelles sont les limites
méthodologiques de la médecine fondée sur les preuves? En dépit de sa neutralité
méthodologique, l'Evidence-Based Medicine
ne se double-t-elle pas d'enjeux sociaux
et politiques? Comment associer les données quantitatives de l'EBM avec la nécessité
d'une prise en charge singularisée et qualitative du patient? De quelle manière faire
participer les autres acteurs de la santé pour élaborer des guidelines et des politiques
de santé qui recueillent légitimité et adhésion?
Valérie Kokoszka
HE0634F
L'EBM a été développée comme instrument rationnel d'aide à la
décision médicale, dans le but conjoint de définir des standards
de prise en charge à partir de données scientifiquement
probantes et d'éviter que la décision médicale ne soit fondée
sur la seule expérience des professionnels.