l'idée d'utiliser le squalène, un lipide natu- rel et biocompatible, précurseur de la bio- synthèse du cholestérol. Nous avons cou- plé chimiquement à ce lipide des médica- ments anticancéreux ou antiviraux. Grâce à la conformation moléculaire remarquable- ment compacte du squalène, les bioconju- gués (squalène couplé aux principes actifs) forment spontanément des nano-particules en milieu aqueux. Celles-ci s'avèrent beau- coup plus efficaces que le principe actif administré sous forme libre. En effet, les nano-médicaments squalénés atteignent un pouvoir de charge de l'ordre de 50% (puisque chaque molécule de squalène est couplé à une molécule de médicament), ils peuvent être administrés soit par voie in- traveineuse, soit par voie orale, ils favo- risent la pénétration intracellulaire, faci- litent le passage transmembranaire et sur- tout, les principes actifs sont libérés dans les cellules cancéreuses par un mécanisme enzymatique (hydrolyse de la liaison entre le squalène et l'anticancéreux) et non rapi- dement libérés (et dégradés) dans le tor- rent circulatoire. tion a été appliqué à la gemcitabine, de sorte que nous avons pu montrer que la quantité du principe actif transportée par ces nano-particules était de 41% (5 fois plus qu'avec des liposomes). Cette capaci- té de charge a donné des résultats specta- culaires in vivo sur des modèles précli- niques murins de leucémies métastasiques et humains de cancer du pancréas. qual, afin de recueillir les fonds nécessaires aux développements cliniques, soit environ 3 milllions d'euros. Malheureusement, cette société est en cours de liquidation car ces fonds indispensables au développe- ment de ce nano-médicament n'ont pas pu être récoltés. besoin de recourir à la constitution en start-up pour dégager les fonds nécessaires aux essais cliniques? Y a-t-il des freins culturels ou économiques aux investissements dans ce domaine? semblent pouvoir être dégagés. Le premier réside dans la persistance d'une certaine déconsidération de la galé- nique. L'industrie du médicament a investi des sommes considérables dans le screening haut débit de molécules issues de la synthèse chimique. Cela n'a malheu- reusement pas donné les résultats es- comptés et je suis convaincu que l'innova- tion par la forme galénique pourrait ouvrir des perspectives nouvelles pour la décou- verte de nouveaux médicaments. Par exemple, la reprise de vieilles molécules qui n'ont pas pu atteindre le stade de nou- veaux médicaments pour des raisons très variées (absence de solubilité, biodistribu- tion inadéquate, métabolisation trop rapide, toxicité etc.), sous une forme «nano» décuplant leur efficacité. cessaire à la création de nano-médicaments: physiciens, chimistes des matériaux, phar- maciens galénistes, spécialistes de la phar- macocinétique, pharmacologues doivent tra- vailler de concert pour aboutir à un résultat probant. L'aggrégation de ces cultures scien- tifiques différentes dans une même équipe doute parce que le fonctionnement de telles équipes de haut niveau dépasse la compé- tence d'un management classique. nentielle des exigences règlementaires, qui découragent beaucoup d'industriels, et cela d'autant plus qu'il s'agit de produits de niche. sation de l'Europe: les entreprises préfèrent sous-traiter ou délocaliser leur recherche dans des pays à moindre coût de main d'oeuvre. A cela s'ajoute la faiblesse du capital à risque. En raison de la crise, les grandes entreprises sont plus frileuses, et nous n'avons pas, en Europe, de tradition de capitaux risqueurs, comme cela existe aux Etats-Unis. être signalé: le rapport négatif des médias à l'industrie du médicament et à la phar- macie. Sans cesse, les évènements néga- tifs sont montés en épingle, font la «une» des journaux, tandis que l'apport de la science est minoré. Tout cela crée un climat défavorable à l'innovation médicale et à l'investissement... Le public devient beau- coup moins tolérant que par le passé vis-à- vis de la survenue des effets secondaires, alors qu'il faut accepter que tout médica- ment présente un risque d'effet secondaire. Il serait utile de rappeler qu'avant d'avoir son autorisation de mise sur le marché, tout nouveau médicament doit démontrer un rapport «bénéfice/risque» élevé et que l'augmentation de l'espérence de vie doit beaucoup aux médicaments. |