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[ H e a l t h c a r e E x e c u t i v e · N ° 7 3 · 2 0 1 3 ]
pos de la pratique ou non de la fellation (ce
que l'on appelle un
biais de désirabilité
sociale où l'individu oriente ses réponse
pour se présenter sous un jour différent à
ses interlocuteurs), sur le recrutement de
ces sujets (lieu, population à risque...) ou
encore sur la gestion de l'évolution des
«pratiques» au cours des 10 années de
suivi.
Un autre biais très fréquent dans ce type
d'étude est le
biais de confusion. Par
exemple, il est légitime de se demander si
les deux groupes de patients étaient bien
comparables au début de l'étude et donc si
la «pratique» est le seul élément permettant
d'expliquer la différence de l'incidence des
cancers. Nous pourrions en effet envisager
l'hypothèse que le groupe de femmes qui
«pratiquent» était plus jeune que le groupe
de femmes ne «pratiquant» pas et, sachant
que le facteur de risque principal de la sur-
venue du cancer du sein chez la femme est
l'âge, ce serait cette dernière donnée qui
expliquerait quasi exclusivement la diffé-
rence d'incidence du cancer du sein.
L'importance du design
Une partie de ces biais méthodologiques
observés dans ces études dites «observa-
tionnelles» de type descriptive ou étiolo-
gique est en théorie minimisée dans les
études
épidémiologiques intervention-
nelles, qui sont notamment utilisées dans
l'évaluation de nouveaux traitements.
Cependant, ce type d'étude n'est pas tou-
jours réalisable dans tous les domaines de
recherche, pour des raisons éthiques ou
logistiques. Il est par exemple difficile
d'imaginer, d'un point de vue éthique, une
étude qui randomiserait des sujets pour
consommer pendant une longue période
une grande quantité d'alcool ou de boisson
contrôle. De plus, même les études cli-
niques interventionnelles ne sont pas dé-
nuées de biais méthodologiques. Citons
par exemple l'absence du respect de la
procédure en double aveugle tout au long
de l'étude, le nombre parfois important de
sujets quittant l'étude, ou encore la pré-
sence de groupes non comparables au
début de l'étude. Dans ces études inter-
ventionnelles, l'utilisation d'études aux
designs différents (par exemple, essai
croisé, de supériorité, de non-infériorité ou
d'équivalence) doit aussi être prise en
compte dans l'interprétation des données.
Enfin, très fréquemment, ces études sont
intégrées dans des méta-analyses non
dénuées de biais méthodologiques dont
les résultats doivent être interprétés en
gardant à l'esprit les limites de l'exercice.
Les biais méthodologiques potentiels sont
donc très nombreux, et il est quasiment
impossible de réaliser une recherche cli-
nique dénuée de tout biais méthodolo-
gique.
Bien entendu, l'utilisation adéquate des
tests statistiques est primordiale pour ga-
rantir l'intégrité des résultats, à tout le
moins dans leur composante mathéma-
tique.
Un feuilleton épidémio-
statistique
Malgré la place occupée par les essais
thérapeutiques, mais aussi par les études
interventionnelles dans la médecine mo-
derne, leurs principes et les bases de leur
interprétation restent mal connus des
médecins et demeurent trop souvent la
chasse gardée de quelques experts. De
plus, les principes méthodologiques et sta-
tistiques impliqués se sont régulièrement
sophistiqués au fil des années, ceci lais-
sant à penser que l'évaluation rationnelle
des traitements constitue désormais un
domaine ésotérique seulement accessible
à une poignée de spécialistes. Un tel statu
quo serait dommageable car l'essai théra-
peutique est fondamentalement un outil
mis à la disposition des médecins pour
faire progresser leur pratique. Il est donc
nécessaire, pour tout praticien qui veut
rester maître de ses choix thérapeutiques,
de connaître les bases de l'interprétation
des résultats des essais thérapeutiques,
mais aussi de ceux de la recherche
clinique au sens le plus large.
Il nous a dès lors semblé intéressant de
rediscuter dans ce feuilleton certains
points de méthodologie dans le cadre de
«dossiers méthodologiques».
Nous avons
l'ambition, au travers de ces articles, qui
resteront courts et s'en tiendront à l'essen-
tiel, d'aider le clinicien à aborder la littéra-
ture scientifique avec un plus grand sens
critique, pour le bénéfice ultime des pa-
tients. Comme en matière de recherche
clinique, les sujets de controverse ne
manquent pas, il nous sera aisé de raison-
ner à partir d'exemples réels, et plus sérieux
que celui exposé ci-dessus!
Demandez le programme...
Nous traiterons donc, dans les prochains numéros, des tests statistiques les plus
fréquemment utilisés, des différents biais méthodologiques (bais de confusion,
d'information et de sélection), des différents designs d'études épidémiologiques ou
cliniques (étude de cohorte, étude cas-témoins, essai randomisé contrôlé, essai de
non-infériorité...), de l'intérêt des analyses en intention de traiter, de la notion de
causalité, des analyses post-hoc, des méta-analyses, ou encore des critères
d'évaluation secondaires... Nous serons parfois aidés, pour certains sujets précis, par
des experts belges ou étrangers, véritables références dans leur domaine.
Il est donc nécessaire,
pour tout praticien qui veut
rester maître de ses choix
thérapeutiques, de connaître
les bases de l'interprétation
des résultats des essais
thérapeutiques.