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[ H e a l t h c a r e E x e c u t i v e · N ° 7 3 · 2 0 1 3 ]
tiques. L'arsenal des possibilités thérapeu-
tiques est ainsi formidablement amplifié.
L'innovation dont sont
porteuses les
nanotechnologies est au
coeur de vos découvertes.
Pouvez-vous nous en
expliquer le principe?
Pr Patrick Couvreur: En travaillant sur le
coeur des nano-vecteurs, il est possible
d'encapsuler des médicaments afin que
ceux-ci puissent contourner certains mé-
canismes de résistance développés par les
cellules cancéreuses. Ces mécanismes de
résistance, de détoxification, ont pour effet
d'expulser les médicaments à l'extérieur
de la cellule, ce qui les rend inopérants.
Pour éviter ce mécanisme, nous avons eu
l'idée de rendre la molécule médicamen-
teuse ­ en l'occurrence la doxorubicine ­
«invisible» en l'encapsulant dans des nano-
particules créées à partir d'un polymère
biodégradable, le polyalkylcyanoacrylate.
Sous cette forme, la doxorubicine n'est
plus reconnaissable, et par conséquent, les
cellules cancéreuses y redeviennent sen-
sibles.
Cette méthode a été appliquée avec succès
au traitement de l'hépatocarcinome résis-
tant puisqu'à l'issue d'essais cliniques de
phase II, le temps de survie des patients a
fortement augmenté (89% de survie à 18
mois contre 54% avec le traitement tradi-
tionnel). Cette technologie a permis la créa-
tion, en 1997, de la société BIOALLIANCE,
entrée en bourse en 2005. Une récente
augmentation de capital a permis de récol-
ter les fonds nécessaires à un essai cli-
nique multicentrique de phase III, actuelle-
ment en cours.
Le prix de l'inventeur
européen 2013, dans la
domaine de la recherche,
vous a été décerné par
l'Office européen des
Brevets pour une autre
découverte fondamentale, la
squalénisation. Quels en
sont le principe et les
fonctionnalités?
Pr Patrick Couvreur: Pour bien com-
prendre en quoi consiste la squalénisation
et ses fonctionnalités, il faut aborder la
question des verrous ou des freins techno-
logiques à l'innovation dans le domaine des
nano-médicaments. Parmi ces freins, les
trois principaux sont:
·
le faible pouvoir d'encapsulation des
nano-particules, qui ne dépassent en
général pas 5% du poids de principe
actif au regard du poids du vecteur;
·
la libération rapide ­ en quelques mi-
nutes ­ du médicament encapsulé et le
relargage, dans le torrent circulatoire,
de la fraction de médicament adsorbée
à la surface du nano-vecteur;
·
et enfin la difficulté à obtenir des maté-
riaux synthétiques peu toxiques, biodé-
gradables.
Ces différents freins technologiques ralen-
tissent considérablement la venue sur le
marché des nano-médicaments en dépit
des nombreux progrès et des nombreuses
publications dans ce domaine.
Dans cette perspective, il faut absolument
proposer de nouveaux concepts qui per-
mettront des innovations radicales dans le
champ de la galénique. Et celles-ci passent
indubitablement par l'introduction de nou-
D'origine belge, le Professeur
Patrick Couvreur
est pharmacien et professeur de
Pharmaco-technie à l'Université de Paris-Sud. Il a dirigé l'UMR CNRS 8612 de 1998 à
2010 et a occupé la chaire d'Innovation technologique du Collège de France (2009-
2010). En 2000, il a créé l'Ecole doctorale «Innovation thérapeutique». Parmi les
nombreuses distinctions qu'il a obtenues, citons le Prix Galien 2009, le Pharmaceutical
SciencesWorld Congress Award 2004, Host-Madsen Medal 2007, Marie-Maurice Janot
Lecture 2008, le Prix Galien, la Médaille de l'Innovation du CNRS 2012 et le Prix de
l'Inventeur européen en 2013...
«Les atouts des
nano-médicaments résident
dans leur capacité à
augmenter l'index
thérapeutique de nombreuses
molécules à activité
biologique.»