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Neurone
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Vol 18
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N°5
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2013
Ainsi, en Belgique, le Centre fédéral
d'expertise des soins de santé (KCE) a
récemment réévalué les diverses prises
en charge non pharmacologiques des
patients présentant un syndrome démen-
tiel disponibles dans la littérature scienti-
fique. Il apparaît ainsi que quatre d'entre
elles ont suffisamment démontré d'évi-
dence pour justifier leur prescription. Il
s'agit de la stimulation cognitive, de
l'entretien des activités physiques, de la
formation des équipes soignantes en in-
stitution et bien évidemment de la psy-
choéducation des proches qui sou-
tiennent et prennent pratiquement le
patient en charge. La psychoéducation y
apparaît d'ailleurs comme la prise en
charge la plus indiscutablement «EBM
efficace» (1).
Psychoéducation
d'accompagnants
Au cours de ces dernières années,
plusieurs programmes (selon différents
modèles) de psychoéducation d'accom-
pagnants de patients présentant un syn-
drome démentiel ont effectivement été
élaborés et étudiés (2), puis publiés dans
plusieurs revues internationales de re-
nom (3). Leurs résultats ont confirmé: un
retard d'institutionnalisation de plus de
500 jours (4); une meilleure qualité de
vie et une diminution du fardeau de l'ai-
dant avec moins de stress, de détresse,
de dépression (5), mais davantage de sa-
tisfaction et de bien-être (6); une fré-
quence et une sévérité moindres des
troubles du comportement (7), de l'an-
xiété et de la dépression; et bien évidem-
ment de meilleures réactions des aidants
face aux troubles présentés par le ma-
lade (8).
Cliniques de la mémoire
Les quatre types de soutien non pharma-
cologique validés par le KCE sont prati-
cables dans notre pays. Pourtant, leurs
accès n'est clairement pas facile, tant
pour des raisons géographiques que
financières.
Ainsi, malgré le soutien de plusieurs
activités telles que la reconnaissance
par l'INAMI d'un très petit nombre de
cliniques de la mémoire (12 cliniques
réparties régionalement), leur propo-
sant un financement pour pouvoir es-
sentiellement pratiquer de la «stimu-
lation cognitive» individuelle sur un
très petit nombre de patients pendant
une courte durée, les besoins restent
bien supérieurs aux moyens dispo-
nibles. Ainsi, de telles stimulations
cognitives, quoiqu'efficaces et très
utiles dans certains cas sélectionnés,
sont très lourdes à mettre en place et à
poursuivre tant pour les équipes soi-
gnantes que pour les malades et leurs
proches.
Elles ne répondent donc clairement pas
en pratique à la demande de l'ensemble
de la population affectée par les syn-
dromes démentiels.
Notons qu'en Belgique, la démence
n'est pas considérée comme une patho-
logie lourde pour ce qui est de la prise
en charge kinésithérapeutique, malgré
l'avis favorable du KCE.
Il existe aujourd'hui des formations de
«référent démence» en MRS (maisons de
repos et de soins) et MRPA (maisons de
repos pour personnes âgées) qui per-
mettent, après avoir été suivies par l'un
des membres de l'équipe, l'allocation de
subside sous la forme d'un demi-équiva-
lent temps plein pour 25 patients dia-
gnostiqués déments au sein de l'institu-
tion.

Mais, à l'échelle du pays, il est évident
que seule la psychoéducation des fa-
milles répond un peu aux nécessités so-
ciétales futures (la stimulation cognitive
ne peut s'adresser qu'à une petite élite et
nécessite pour chaque patient pris en
charge plusieurs intervenants, ce qui en
rend la faisabilité à grande échelle non
réaliste).
«Pour mieux vivre avec la
maladie d'Alzheimer»:
programme de
psychoéducation développé à
l'hôpital Erasme (Bruxelles)
La prise en charge que nous proposons
via notre programme de psychoéduca-
tion «Pour mieux vivre avec la maladie
d'Alzheimer» cible les accompagnants
principaux (conjoints, enfants, proches)
de patients non institutionnalisés pré-
sentant un syndrome démentiel, quelle
que soit son origine, et intègre les as-
pects comportementaux et cognitifs de
la maladie (9). Les séances sont ou-
Les résultats ont confirmé un
retard d'institutionnalisation
de plus de 500 jours
et une meilleure qualité
de vie avec diminution du
fardeau de l'aidant.
Les stimulations cognitives, quoiqu'efficaces et très utiles dans
certains cas sélectionnés, sont très lourdes à mettre en place et à
poursuivre tant pour les équipes soignantes que pour les
malades et leurs proches.