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l
Neurone
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Vol 18
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N°5
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2013
NOUVEAUTES EN NEUROSCIENCES
N1930F
Notre cerveau est constitué de nombreux milliards de neurones, chacun d'entre
eux étant continuellement en relation avec un grand nombre d'autres neurones.
Pour cette raison, les connaissances relatives à la connectivité fonctionnelle entre
différents territoires cérébraux sont capitales pour comprendre la genèse de la
perception, de la cognition et du comportement. Les méthodes de connectivité
fonctionnelle examinent la corrélation entre les types d'activité de différents
territoires cérébraux. Ces méthodes sont souvent appliquées à l'activité cérébrale
enregistrée au repos, et elles donnent dès lors une mesure de la relation entre des
régions indépendantes d'une tâche. Des profils cohérents de connectivité
fonctionnelle sont déterminés par la structure anatomique du cerveau, mais ils
dépendent également de la fréquence d'activation passée des territoires cérébraux
lors de l'exécution d'une tâche donnée. Les différences interindividuelles de
connectivité fonctionnelle peuvent dès lors partiellement expliquer la variabilité du
comportement de volontaires en bonne santé, ainsi que la variabilité des troubles
observés après un accident vasculaire cérébral. Les études récentes démontrent en
effet que les troubles moteurs, sensoriels ou cognitifs touchant les patients victimes
d'une lésion cérébrale sont non seulement imputables aux dommages tissulaires
locaux, mais aussi à une modification de la connectivité fonctionnelle entre des
régions cérébrales structurellement intactes qui sont en relation avec le territoire
endommagé. En d'autres termes, les études de connectivité fonctionnelle peuvent
entraîner une meilleure compréhension des troubles fonctionnels neuro-
psychologiques qui surviennent après un accident vasculaire cérébral. Elles peuvent
également donner lieu au développement de meilleures stratégies de revalidation,
via l'élaboration de protocoles thérapeutiques individualisés.
Introduction
Le cerveau est un organe très complexe, qui peut être subdivisé en divers territoires
cérébraux qui sont continuellement intercorrélés. Bien que le cerveau ne représente
que 2% du poids corporel normal, il consomme plus de 20% de l'énergie totale de
notre organisme. L'architecture cérébrale complexe et l'importante consommation
d'énergie indiquent que cet organe ne réagit pas purement passivement à
l'environnement, mais qu'il tient à jour les représentations actives de notre état
cognitif et de notre comportement, et ce, même au repos. Les études basées sur la
résonance magnétique fonctionnelle au repos (IRMf) ont révélé des fluctuations lentes
(< 0,1Hz) de l'activité cérébrale (1, 2). Alors que ces fluctuations intrinsèques de
l'activité cérébrale étaient auparavant considérées comme un «bruit de fond», on
essaie actuellement de les mesurer précisément et de les interpréter. Ainsi, on a
démontré que l'activité cérébrale intrinsèque est organisée dans l'espace en un
ensemble limité de profils spécifiques, cohérents, en l'occurrence les réseaux de
repos (resting-state networks ou RSN) (3, 4).
Afin d'étudier ces profils cohérents d'activité intrinsèque, on a développé des mé-
thodes de connectivité fonctionnelle spécifiques, le terme «connectivité fonction-
nelle» faisant référence à la dépendance réciproque statistique de l'activité dans dif-
Céline R. Gillebert
1
et Dante Mantini
1, 2
1. Département de Psychologie
expérimentale, Université d'Oxford,
Royaume-Uni
2. Département des Sciences et Technologies
de la Santé, ETH Zurich, Suisse
L'
infLuence
d
'
un
accident
vascuLaire
cérébraL
sur
La
connectivité
fonctionneLLe
cérébraLe