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l
Neurone
·
Vol 18
·
N°5
·
2013
scolaire, réalisation de tâches, opposition-
nisme, labilité émotionnelle... «Mais il
faut aussi juger l'enfant sur d'autres cri-
tères, notamment cognitifs, avant d'affir-
mer l'efficacité d'un traitement»
, re-
marque Diane Purper-Ouakil.
Cela dit, les études en IRM, qui ont mon-
tré que certaines zones cérébrales sont
plus développées chez les patients avec
TDAH et d'autres moins (Figure 1), ont
aussi montré qu'un traitement psycho-
stimulant leur permet de gagner du vo-
lume (Figure 2) (7).
Bénéfices et limites du
méthylphénidate
De manière plus spécifique, on peut dire
que le méthylphénidate augmente la dis-
ponibilité des transporteurs de dopamine
(8); il normalise également l'activité cor-
ticale préfrontale (9) et augmente la
connectivité entre les régions frontopa-
riétales, avec un bénéfice net en termes
de mémorisation (10). L'EMA recom-
mande son administration aux enfants
de plus de 6 ans et aux adolescents, sous
la supervision d'un spécialiste, après
examen médical attentif portant notam-
ment sur les antécédents (poids, taille,
événements cardiovasculaires, ECG,
risque d'abus médicamenteux) et les pa-
ramètres cardiaques (pression, rythme),
tout en suivant régulièrement le pouls, la
pression artérielle (tous les 3 mois), le
poids (tous les 3 mois) et la taille (tous les
6 mois: elle est généralement moindre
de 1-2cm à l'âge adulte chez les patients
traités), ainsi que la survenue éventuelle
d'effets secondaires ou de symptômes
psychiatriques (tous les mois). De plus,
l'EMA conseille des «repos thérapeu-
tiques» au minimum annuels. Initié à
faible dose, et augmenté progressive-
ment tous les 3-7 jours jusqu'à la dose
maximale tolérée, il doit être évalué ré-
gulièrement en termes de dosage pour
garantir l'absence d'effets indésirables,
la pertinence du traitement devant être
reprécisée annuellement (3, 4). Une re-
vue récente effectuée par Samuele
Cortese passe en détail tous les points à
prendre en compte en cas d'effet indési-
rable, aussi minime soit-il (11).
Enfin, pour éviter les abus qui sur-
viennent chez 16-29% des enfants, la
forme à libération prolongée semble pré-
férable, tandis qu'il est capital d'appré-
cier l'amélioration des performances
académiques et de la vigilance tout en
adaptant régulièrement la posologie
(12). En cas de mauvaise réponse (que
l'on retrouve plus fréquemment en cas
de symptômes anxieux associés, de
troubles du sommeil, de niveau socio-
économique faible ou de QI < 100), le
choix reste d'augmenter la dose (jusque
90mg/j), de changer de stimulant (la
dexamphétamine), de proposer un non-
stimulant (bupropion, clonidine, modafi-
nil, imipramine) ou de l'associer à l'ato-
moxétine (13). Respecter ces règles
strictes permet dans 34% des cas un effet
initial modéré suivi d'une amélioration
progressive, dans 52%, une amélioration
substantielle d'emblée et qui se main-
tient et dans 14% des cas, une améliora-
tion initiale avant détérioration (14).
Dernier point, et non des moindres, il
Source: Gray Matter Volume Abnormalities in ADHD: Voxel-Based Meta-Analysis Exploring the E ects of Age and Stimulant Medication (7).
Talairach y = 2
P
ar
tial R
esidual SDM
V
alue
-1,25
-1,00
0,75
-0,50
0,25
0,00
0,25
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1,00
Mean Sample Age (Years)
0 10 20 30 40
-1,25
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0,25
0,00
0,25
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esidual SDM
V
alue
Patients Receiving Medication
-25% 0% 25% 50% 75% 100%
Figure 2: Évolution sous traitement psychostimulant. Les résultats de l'analyse en méta-régression montrent des associations indépendantes
entre l'âge et le pourcentage de patients dont les volumes de substance grise normale sont supérieurs dans les ganglions de la base à droite.
Il faut aussi juger l'enfant sur
d'autres critères, notamment
cognitifs, avant d'affirmer
l'efficacité d'un traitement.
Près des deux tiers des
enfants conservent des
symptômes «dérangeants» à
l'âge adulte.