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l
Neurone
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Vol 18
·
N°5
·
2013
un risque de pneumothorax ou d'injec-
tion intravasculaire, et le risque de toxi-
cité de l'anesthésique local est plus im-
portant qu'avec les autres techniques
décrites (28).
Le guidage échographique peut aider à
localiser la plèvre et réduire le risque de
ponction pleurale (34).
Bloc intrapleural
Les anesthésiques locaux en administra-
tion pleurale peuvent être utilisés pour
les fractures de côte, mais l'analgésie est
moins efficace qu'avec les autres tech-
niques régionales. En présence d'un
drain pleural, les produits injectés sont
drainés et en cas d'hémothorax, ils sont
dilués, avec pour conséquence une di-
minution de l'efficacité. En raison de
leur absorption rapide, les concentra-
tions plasmatiques sont plus élevées et le
risque de LAST est important. Le bloc
intrapleural n'est donc pas le premier
choix (28).
Défis de l'anesthésie régionale
chez les patients traumatisés
La pratique de l'analgésie régionale
exige une formation et une expérience
suffisantes car les techniques employées
sont plus invasives que celles de l'anal-
gésie systémique. Chaque type de bloc
est associé à des risques spécifiques. Les
risques d'infection, de lésion nerveuse,
de pneumothorax et de toxicité de
l'anesthésique local (par injection intra-
vasculaire ou par absorption de volumes
importants ou de fortes concentrations)
doivent être compris et anticipés.
En cas de traumatisme des membres,
plus spécifiquement, il faut tenir compte
de la possibilité que le bloc régional
masque les symptômes d'un syndrome
des loges. Dans le syndrome des loges,
le gonflement et l'augmentation de la
pression tissulaire dans les loges muscu-
laires provoquent une ischémie et une
nécrose musculaire. L'intensification de
la douleur est souvent le premier symp-
tôme d'un syndrome naissant. De ce fait,
certains médecins ont moins tendance à
opter pour une analgésie régionale en
cas de traumatisme d'un membre. L'anal-
gésie régionale est pourtant possible à
condition d'assurer un suivi attentif du
patient, éventuellement avec mesure de
la pression des loges pour permettre une
détection rapide du syndrome. L'appari-
tion d'accès douloureux paroxystiques
chez des patients pour lesquels un bloc
régional fonctionnait bien jusque-là doit
être considérée comme un signal
d'alarme nécessitant des examens com-
plémentaires pour exclure un syndrome
des loges (35).
Les lésions nerveuses périphériques sont
rares lorsque le bloc est effectué par un
praticien expérimenté. Le risque de cette
complication peut encore être réduit
grâce à l'échographie.
Si l'échographie est disponible dans la
plupart des services d'urgences, tous les
médecins urgentistes ne sont pas familia-
risés avec son utilisation dans le cadre
des techniques d'analgésie régionale.
Les anesthésistes qui travaillent au bloc
opératoire ont souvent plus d'expérience
en la matière. Une solution possible est
de constituer une équipe mobile basée
au service d'anesthésie, mais amenée à
se déplacer aux urgences pour l'installa-
tion de blocs échoguidés (36).
La réalisation d'un bloc régional dans
des conditions sous-optimales, par
exemple lors des soins préhospitaliers,
augmente le risque d'infection. Il faut
donc mettre en balance le risque d'infec-
tion et les avantages de la technique,
parmi lesquels la diminution des opia-
cés.
Le risque de toxicité systémique des
anesthésiques locaux augmente avec le
volume ou la concentration du produit.
Le guidage échographique permet de li-
miter le volume et donc d'augmenter le
pourcentage de réussite du bloc tout en
réduisant le risque de toxicité systé-
mique. Le recours à l'analgésie régionale
exige la présence du matériel nécessaire
pour le traitement d'un surdosage acci-
dentel d'anesthésique local, par exemple
un kit LAST comprenant notamment une
émulsion lipidique (11,37).
Conclusion
Les anesthésistes du bloc opératoire
n'ont pas l'exclusivité de l'analgésie et
de l'anesthésie régionales. Les tech-
Les tech-
niques régionales sont très utiles pour
traiter la douleur traumatique chez
certains patients dans les services
d'urgences. En particulier, une améliora-
tion des résultats a été décrite en cas de
traumatisme thoracique accompagné de
fractures costales multiples.
La pratique de l'analgésie régionale
exige une formation adéquate des méde-
cins urgentistes, couvrant les techniques
des différents blocs nerveux, l'utilisation
du guidage échographique, mais aussi la
prévention et le traitement de la toxicité
systémique des anesthésiques locaux.
Dans les hôpitaux qui disposent d'une
expertise limitée dans le domaine des
techniques d'anesthésie régionale, il
peut être judicieux de constituer une
équipe mobile d'anesthésistes spécia-
lement formés, essentiellement active
au bloc opératoire, mais également
disponible pour des interventions aux
urgences.
Références sur demande
Les techniques régionales
sont très utiles pour traiter la
douleur traumatique chez
certains patients dans les
services d'urgences.