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l
Neurone
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Vol 18
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N°5
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2013
typiquement attribués au territoire céré-
bral endommagé. Le principe selon le-
quel les fonctions sont représentées dans
des régions cérébrales spécifiques et se-
lon lequel les lésions cérébrales affectent
des fonctions localisées constitue depuis
longtemps un point d'ancrage en pratique
neurologique clinique. Toutefois, des
troubles peuvent également survenir suite
à des effets secondaires à distance de la
lésion, à cause d'une atteinte fonction-
nelle de territoires cérébraux structurelle-
ment intacts, par exemple suite à une dé-
connexion avec la lésion cérébrale (16).
L'analyse du «diaschisis» au moyen de
méthodes de connectivité fonctionnelle
et structurelle peut aider à comprendre
pourquoi des patients atteints d'une
lésion cérébrale présentent plusieurs
troubles qui ne peuvent facilement être
imputés à la lésion elle-même (17). Une
lésion sous-corticale, par exemple, peut
induire plusieurs déficits dans différents
domaines fonctionnels (18). Même une
lésion focale située à la croisée de diffé-
rents cordons de substance blanche peut
provoquer de multiples déficits (19).
Entre-temps, différentes études ont dé-
montré qu'une lésion focale peut induire
des anomalies physiologiques au niveau
de l'activité intrinsèque de régions struc-
turellement intactes, directement ou indi-
rectement liées à la lésion. Ainsi, on ob-
serve une réorganisation fonctionnelle au
niveau du cortex moteur primaire chez
des patients présentant un trouble moteur
après un AVC sous-cortical (20). Lu et al.
ont également démontré que la connecti-
vité fonctionnelle entre le cervelet gauche
et le cortex moteur droit est atteinte après
un AVC dans le tronc cérébral droit, l'in-
verse étant observé après un AVC dans le
tronc cérébral gauche (21). L'utilisation
de l'ICA sur des données d'IRMf au repos
collectées auprès de patients victimes
d'un AVC nous a permis de démontrer
que le profil des modifications au niveau
de la topographie des RSN dépend de la
localisation de la lésion, mais aussi que
l'atteinte de la topographie va bien au-
delà de la lésion elle-même (8, 22). Les
résultats indiquent que des lésions au ni-
veau d'un noeud du réseau induisent des
anomalies dans d'autres jonctions qui
sont apparemment anatomiquement in-
tactes. Il n'est toutefois pas simple de
comprendre les mécanismes qui sous-
tendent de telles anomalies.
On peut effectuer des analyses de
connectivité seed-based pour quantifier
le degré d'atteinte des interactions entre
des territoires spécifiques, et pour voir si
ces interactions perturbées sont spécifi-
quement liées aux troubles d'un patient.
Ces études indiquent qu'un déséquilibre
interhémisphérique est le facteur qui
détermine les modifications comporte-
mentales après une lésion cérébrale (17,
23). Une lésion peut par exemple dimi-
nuer les influences inhibitrices dans des
territoires homologues de l'autre hémi-
sphère. Il semble même qu'une pertur-
bation de l'interaction fonctionnelle entre
les territoires moteurs gauche et droit
soit à la base de certains troubles mo-
teurs (24). Les interactions interhémi-
sphériques semblent également jouer un
rôle important dans l'attention spatiale,
et des interactions réduites peuvent
contribuer à une négligence hémispa-
tiale. He et al. ont étudié les modi-
fications au niveau du réseau dorsal et
ventral de l'attention chez des patients
souffrant de négligence après un AVC
touchant l'hémisphère droit. Le degré
de connectivité entre les cortex pariétal
gauche et droit était corrélé avec la sévé-
rité de la négligence hémispatiale (23).
La variabilité des troubles entre les pa-
tients est naturellement liée à la nature de
l'accident, mais aussi à la localisation
anatomique et à l'étendue de la lésion. Il
est en outre possible que différentes ré-
gions corticales présentent des propriétés
de connectivité différentes, et qu'un dom-
mage touchant un territoire cérébral don-
né induise une inhibition ou une désinhi-
bition à distance, en fonction de la locali-
sation du territoire. Pour simuler les effets
dynamiques de lésions dans différents
territoires cérébraux, Alstott et al. ont dé-
veloppé un modèle informatique qui uti-
lise les connexions structurelles dans le
cerveau (25). Ils ont observé que les lé-
sions entraînent des types spécifiques de
modification de la connectivité fonction-
nelle entre les régions corticales, souvent
dans les deux hémisphères. L'importance
de ces effets dépendait de la localisation
de la lésion et était partiellement prévi-
sible sur la base des connexions structu-
relles du territoire endommagé. Selon ce
modèle, des lésions au niveau de la ligne
médiane corticale et du cortex pariétal
latéral induisent des modifications dif-
fuses au niveau de la connectivité fonc-
tionnelle, alors que les effets de lésions au
niveau des régions sensorielles ou mo-
trices primaires sont plus localisés. Ce
modèle est précieux pour prédire les ef-
fets d'une lésion et pour les relier aux
conséquences sur le plan comportemen-
tal. Le modèle ne tient cependant compte
que des effets immédiats d'une lésion et il
devrait être élargi aux mécanismes de
plasticité neuronale à l'origine d'une
réorganisation et d'une récupération
fonctionnelle.
Le rétablissement de la
connectivité fonctionnelle
après un accident vasculaire
cérébral
Les modifications de la connectivité après
une lésion cérébrale surviennent rapide-
ment, et elles dépendent vraisemblable-
ment des modifications au niveau des
poids synaptiques des connexions exis-
tantes, plutôt que de la création de nou-
velles connexions. Après la phase aiguë,
on observe une récupération progressive,
sur la base de mécanismes neuronaux
plus complexes, tels que le recrutement
de territoires fonctionnellement homo-
logues ou la formation de nouveaux
réseaux neuronaux pour compenser la
fonction du territoire cérébral endomma-