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ne peuvent pas, par d'obscènes volup-
tés, tromper un coeur, ils ont recours
à d'autres stratagèmes; ils essayent
d'effrayer par de vains fantômes en pre-
nant la ressemblance et les manières de
femmes, de bêtes féroces, de reptiles,
de personnages d'une grandeur ex-
traordinaire...
On peut toutefois encore faire une
distinction entre les démons qui vien-
nent «véritablement de l'extérieur» et
les démons qui correspondent à des
manifestations «incarnées» de leurs
propres envies, désirs et autres mau-
vaises pensées, et qui sont projetées
«en dehors» de l'individu. Mais quoi
qu'il en soit, les personnes souffrant
d'hallucinations à l'époque devaient
être convaincues que leurs «visions»
(qui ne correspondent pas aux visions
telles qu'on les entend actuellement)
étaient réelles (Figure 11).
Et cela s'applique à la fois à Antoine,
qui vécut au 4
e
siècle, et aux personnes
souffrant du «feu de Saint Antoine»
(zona) et à la population du Moyen
Âge en général. Nous devons donc
interpréter le témoignage littéraire de
la vie d'Antoine et les peintures sur
lesquelles il est représenté avec des
démons comme une sorte de «réa-
li-sme» et non de «fantasme». Dans
l'art plus appliqué, cela devient alors
un symbolisme à la base réaliste.
Dans la peinture, on reproduit gé-
néralement des femmes voluptueuses
dans les tentations, mais les représen-
tations qui y sont évoquées reflètent
également toutes sortes de visions
d'angoisse et à cette fin, nous pensons
évidemment en particulier à Jérôme
Bosch, qui utilisait également souvent
d'autres possibilités afin de peindre les
diables, les démons et les portes de
l'enfer. Il dévoile des démons actifs,
pas des démons dociles, mais ceux-ci
se retrouvent généralement du côté
des vainqueurs. L'interprétation pic-
turale des tentations ou des épreuves
fut davantage définie par la «men-
talité de l'époque» combinée à la
vision personnelle de l'artiste que par
une reconstruction des expériences
d'Antoine lui-même, pour autant
que celles-ci apparaissent clairement
dans sa biographie. En règle générale,
l'attitude des ascètes était hostile aux
femmes, pour l'exprimer avec dou-
ceur. C'était le déguisement favori du
diable.
Par conséquent, toute femme
était à même de tenter l'ascète. Com-
me le montre la Vita d'Antoine: (1.§
5)... L'ennemi voyant sa faiblesse con-
tre la résolution d'Antoine et se voyant
même repoussé par sa fermeté, terrassé
par la grandeur de sa foi et mis en fuite
par ses prières assidues, se confiant
alors dans les armes charnelles et s'en
glorifiant. C
ar ce sont les premières
embûches qu'il dresse à la jeunesse...
l'esprit infernal osa même pendant la
nuit prendre la ressemblance d'une
femme et imiter toutes ses manières
pour le séduire.
(1.§ 19) Quant aux vo-
luptés immondes, non seulement, nous
ne les rechercherons pas, mais nous les
fuirons comme un plaisir passager,...
(1.§ 23) lorsqu'ils ne peuvent pas, par
d'obscènes voluptés, tromper un coeur,
ils ont recours à d'autres stratagèmes;
ils essayent d'effrayer par de vains
fantômes en prenant la ressemblance
et les manières de femmes,...
(1.§ 55)
Il répétait le même conseil à tous les
moines qui venaient le trouver, d'avoir
foi dans le Seigneur, de l'aimer, de se
garder des pensées malhonnêtes, de
Figure 11: Herri met de Bles La tentation de Saint Antoine, fondation Custodia, Institut
Néerlandais, collection Fritz Lugt, Paris.